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L’art du rusticage


Un savoir-faire pittoresque !


"Cet art trouve tout son sens dans la création de grottes, l’imitation de rochers artificiels, de compositions décoratives rustiques à base de concrétions, coquillages, parfois accompagnés de personnages fantasmagoriques comme dans la surprenante grotte de rocailles du château de la Bâtie d'Urfé dans le Forez.

Le jardin des Buttes-Chaumont à Paris est aussi un exemple prégnant. Créé sous l’impulsion de Napoléon III, et inauguré en 1867, il présente lacs, falaises, cascades, mais aussi grottes, alpages et belvédères. Des imitations de troncs d'arbres aux fausses stalactites, le parc est un vrai petit musée à ciel ouvert du trompe-l'œil.

L’art du rusticage s’introduit dans la sphère privée, intégré à des aménagements de jardins, de maison, ou associé à une thématique religieuse. La petite bourgeoisie s’en empare pour réaliser son rêve de « campagne ». On le retrouve donc partout : escalier, pieds de table, kiosque, décors de studio photo, jardinière, cimetière, portail, rambarde, pont, balcon…Les artisans pratiquant cet art, accèdent à un statut et signent leurs œuvres. Ils portent alors les titres de « rustiqueurs », « rocailleurs-paysagistes », « cimentiers-naturistes », « jardiniers-rocailleurs » et autre « artistes-rocailleurs ».


Quelques rudiments
En 1824 en Angleterre, le briquetier Joseph Aspdin dépose un brevet pour un ciment qu'il appelle « ciment Portland », mélange de chaux et d’argile présentant la caractéristique, un fois sec, d’avoir la couleur de la pierre. Il est le premier matériau à adhérer sur le fer.

Les éléments de décor sont constitués d’une armature de tiges métalliques entourée d’un grillage fin et de fils de fer, puis recouverte d’une couche de ciment. Le revêtement est ensuite façonné à la main pour y dessiner les veines et les nœuds du bois. Chaque ouvrage est une œuvre d’art unique car chaque rocailleur à sa propre signature.
Rocaille en limousin

Fin du 19ème siècle, les maçons creusois de retour de Paris, rapportent avec eux cet art qui s’installe alors en Limousin, et surtout en Creuse.

La bâtisse la plus représentative de cet art se situe à Aubusson, au 64 de la Grande Rue. Maison typique des habitations fin 19ème, elle présente une façade entièrement décorée d’imitation de rondins de bois en ciment. Entre deux fenêtres est inséré un miroir surmonté de faux branchages. La présence de ce miroir s’explique par une croyance locale qui voulait effrayer les mauvais esprits en leur projetant leurs propres reflets ! A Guéret, un très bel escalier se trouve dans une maison de particuliers. Plus insolite, le cimetière du petit village de Villard possède des tombes décorées de clôtures en ciment imitant des troncs d’arbres.

Autre lieu en Creuse ; à La Villeneuve, le parc du château du Rocher possède autour de son étang, en contrebas, un ensemble de rocailles agrémenté d’une grotte, et d'une longue balustrade sculptée du début XXème ; A Crozant, une balustrade personnalisée et seuil de porte ; à Ahun la grotte de l'église et du château de la Chezotte, pots de fleurs, balcon d'une maison proche de l'église, au lieu-dit « Vitrat » une rambarde, à Janaillat un escalier double révolution … On retrouve ainsi des rocailles dans le parc du Château du Reynou. Vers 1893, Charles Haviland, alors propriétaire des lieux, fait créer de magnifiques pièces d’eau agrémentées d’une grotte, d’un belvédère avec son garde-corps en forme de branche d’arbre, d’une cascade, d’un pont. Tous ces éléments seraient l’œuvre de Gabriel Lecardeur, issu d’une lignée de « rocailleurs » creusois, qui travaillé au parc des Buttes Chaumont.

D’autres demeures privées voient leurs jardins ou leurs façades agrémentés de rocailles, comme à Limoges, cet édifice rue de la Fonderie dont le balcon du dernier étage est surmonté d’une sorte de grotte entourée de troncs soutenant le toit. Aussi, en 1903, lors de la Foire Exposition il était possible d’admirer des rocailles. La presse de l’époque souligne que « tous les travaux de rochers sont dus à M Bellandou de Nice, un de nos rares artistes rocailleurs qui sache imiter la nature dans leurs diverses créations ».



Il est plus difficile de trouver cet art en Corrèze. Toutefois, le cimetière de Curemonte abrite une très jolie chapelle en rocaille moins connue que les 7 édifices de ce village classés aux Monuments Historiques.

La mode passant, l’art de la rocaille tombe dans l’oubli. Beaucoup de rocailles ont été détruites, abandonnées, laissant le temps, l’eau, le vent faire leur œuvre. Dommage que ces merveilles, que certains, peu nombreux, s’attellent à rénover, ne soient pas répertoriées et protégées car elles font partie de notre patrimoine. Des sessions de formations ont lieu à Felletin encore aujourd’hui unique lieu à dispenser cet art du rusticage.



Esperluette


Connu depuis l'Antiquité romaine, remis en lumière à la Renaissance, fortement répandu aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’art du rusticage renait au XIXe siècle avec l'apparition du ciment.



L’origine du terme « rococo » résulterait d’une association du mot français rocaille, qui désigne une ornementation imitant les rochers et les pierres naturelles et du mot portugais baroco : « baroque ». Le terme « rococo » aurait été inventé, vers 1797, par Pierre-Maurice Quays, un peintre français lié au mouvement néoclassique. Ce terme rococo conserve longtemps un caractère péjoratif avant d’être accepté par les historiens de l’art vers le milieu du XIXe siècle, et d’être considéré comme un mouvement artistique européen à part entière.