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Sur les traces du découpage de papier à travers le monde


Nous débuterons notre découverte de cet art par la Chine où il trouve ses racines. En raison du développement des échanges culturels depuis l’Antiquité, le découpage du papier s’est étendu aux pays occidentaux dans les années 1600. Peu à peu, cet art est devenu populaire dans le monde entier.


En Chine

Nommé « jiănzhĭ », il apparaît en même temps que la création du papier, il y a 2200 ans. Le plus ancien vestige culturel des dynasties du nord (386–581), est découvert dans les Flaming Mountains du Xinjiang en 2004. Au cours de la dynastie Tang (618–907), le découpage du pa- pier entre dans une période de développement énorme. Il est à l’époque destiné principalement à des fins religieuses. Puis des artisans vivant de la coupe de papier apparaîssent durant la dynastie des Song du Sud (1127-1279). Sous les dynasties Ming et Qing (1368-1840) cette culture continue à se développer. Ces découpes sont utilisées pour décorer les portes et les fenêtres. Appelées fleurs de fenêtre, « chuāng huā », elles symbolisent la chance et le bonheur. Dans les régions rurales, le découpage de pa- pier est un artisanat traditionnellement dévolu aux femmes. Chaque fille est supposée maîtriser toutes ses subtilités, et on jugeait souvent les jeunes mariées sur leur habileté ! Vie paysanne, comme la culture, la filature, la pêche, la garde de moutons, l’élevage de porc et de volaille sont les sujets les plus souvent réalisés. Portant aussi sur des légendes et des récits d’opéra, elles peuvent représenter des fleurs, des oiseaux, des insectes, des poissons et les 12 animaux qui désignent l’année de naissance. », il apparaît en même temps que la création du papier, il y a 2200 ans. Le plus ancien vestige culturel des dynasties du nord (386–581), est découvert dans les Flaming Mountains du Xinjiang en 2004. Au cours de la dynastie Tang (618–907), le découpage du papier entre dans une période de développement énorme. Il est à l’époque destiné principalement à des fi ns religieuses. Puis des artisans vivant de la coupe de papier apparaîssent durant la dynastie des Song du Sud (1127-1279). En 1956, le président Mao défend l’innovation dans la création artistique ce qui permet au découpage du papier, qui stagne depuis l’entrée dans l’ère moderne, de trouver un nouveau souffle. Les artistes se mettent à créer des motifs contemporains enrichissant à la fois la forme et le contenu de la décoration populaire chinoise."


Deux écoles s’affrontent dans cet art :
"L’école du nord, dont le style, concis et simple, se concentre sur les sujets. Le découpage de papier yuxian est le plus célèbre, car les artisans taillent des motifs au lieu de découper sur du papier de riz. En 2006, la coupe de papier yuxian a été inscrite sur la réserve nationale du patrimoine culturel immatériel.
L’école du sud, quant à elle, s’attache à montrer les détails des matières dans le but de mettre en valeur les compétences des artisans.
Diverses techniques existent en Chine : l’une, où jusqu’à 8 morceaux de pa- pier peuvent être assemblés. Le motif est ensuite découpé avec des ciseaux pointus. L’autre, qui consiste à placer plusieurs couches de papier sur une base délicate formée de cire et de cendre. L’artiste découpe ensuite le motif dans le papier avec un couteau pointu habituellement tenu à la verticale.
De nos jours, les Chinois utilisent des bouts de papiers pour décorer leurs fenêtres, leurs armoires et leurs portes. La couleur rouge (couleur du bonheur) du papier de soie n’est plus la seule à être utilisée. Les découpages de papier sont aussi collés sur des objets lors de mariages et de funérailles. Cet art reste traditionnellement pratiqué pour la « Fête du Printemps » (nouvel an lunaire chinois). En 2009, l’art de la coupe de papier chinois a été déclaré patrimoine mondial immatériel par l’UNESCO."
Au Mexique

"Le « papel picado » ou « confettis », est un orne- ment en papier perforé utilisé traditionnelle- ment pour décorer lors de diverses fêtes. Cette forme de décoration trouve son origine dans les temps préhispaniques, où les cultures de la Méso-Amérique utilisaient le papier d’amate (nom indigène de l’arbre de genre Ficus dont il est extrait), pour faire des offrandes à leurs dieux dans les temples.
Après la conquête espagnole, le papier chinois (papier de soie) a été introduit, et est devenu le matériau de choix pour les décorations. Des documents de l’époque coloniale attestent de l’utilisation de papel picado à cette période. L’Etat de « Puebla », est célèbre pour ses ateliers de production. Les habitants de Huixcolotla, au centre de Puebla, en ont développé la technique. En 1998, le gouverneur de l’État de Puebla a décrété que cet art produit à Huixcolota faisait par- tie du patrimoine culturel. La première étape dans la fabrication de confettis consiste à créer un dessin qui sera placé sur les feuilles de papier, et qui ser- vira de guide pour la découpe. Les artisans travaillent avec des liasses d’une cinquantaine de feuilles pouvant être manipulées avec des ciseaux ou à l’aide de «fierritos», un type de burin. Les picados sont affichés pour des occasions laïques et religieuses, telles que Pâques, Noël, le jour des morts, ainsi que lors de mariages, de quinceañeras (fête des 15 ans d’une jeune fille), de baptêmes... Ils se présentent sous la forme de drapeaux uniques ou assemblés en guirlande, et dont les motifs et la couleur sont adaptés à la fête pour laquelle ils sont créés : Pour la fête des morts, cérémonie emblématique du Mexique, des crânes orneront les guirlandes, à Noël le papier sera rouge et orné de sapins, pour un mariage il sera blanc…"



En Allemagne et aux Pays-Bas

En Allemagne « Scherenschnitte » (ciseaux ci- sailles), et aux Pays-Bas, le « papiersnyden » sont toujours en noir et blanc. Les premiers découpages ont généralement la taille d’une paume et consiste en de minuscules pay- sages. Beaucoup de ces antiquités ont été re- trouvées dans de vieilles montres de poche. Le plus ancien date de l’an 1612. La technique consistait à couper un morceau de papier selon un dessin continu, le papier pouvant être plié une à trois fois pour être répété dans le motif général, bien souvent une montée à l’alpage. Dans ce pays aussi, les thèmes généraux du quotidien sont l’apanage des femmes de la bonne société, tandis que les moniales se consacrent aux images de saints entourées de dentelles. Au XVIIIème siècle, les portraits en silhouettes sont très à la mode. Au XIXème, le découpage, comme piano et peinture, fait partie de la formation artistique des jeunes filles de « bonne famille ». Dans les familles bourgeoises, le découpage est pratiqué pour occuper les soirées.



Dans les états scandinaves, comme au Danemark

"En préparation de Noël, la maison est décorée avec du papier rouge et blanc découpé en forme de cœurs et d’étoiles. L’un des plus grands adeptes du « gesneden papier » fut le poète Hans-Christian Andersen (1805-1875) connu dans le monde entier pour ses contes : La petite sirène, Poucette, Le vilain petit canard, La petite fille aux allumettes, La reine des neiges... Il disait lui-même : « Des ciseaux d’Andersen jaillissent des contes ». À la différence des techniques de l’époque, Andersen ne commençait jamais par dessiner son sujet. Il a lais- sé un grand nombre de découpes dont 1 500 ont été conservées. Partout dans son œuvre elfes, gnomes, sorcières, lutins et trolls apparaissent maintes fois. Aujourd’hui, des artistes comme Peter Callesen modernisent la dé- coupe. En témoigne l’une de ses œuvres représentant un squelette allongé et accoudé comme s’il souhaitait se relever. L’espace négatif laissé par l’absence de papier à l’endroit de la découpe souligne la réalité en trois dimensions, et permet donc d’obtenir une œuvre volumineuse. L’absence de papier sur le support peut représenter l’ombre du personnage."



En Suède

Pour décorer la table de Noël ou le rebord des fenêtres, les « Pappersrader » ou « Tomterader » sont de petites guirlandes de papier en accordéon. Pour ce faire, il suffit de plier un papier en accordéon et d’y découper toutes sortes de formes. Une fois la guirlande dépliée, les enfants y ajoutent des couleurs.



Le papier découpé fait partie d’une tradition folklorique très vivante, particulièrement au Pays d’Enhaut. Les premiers exemplaires sont des images pieuses ou des représentations héraldiques. Johann Jakob Hauswirth (1809- 1871), originaire d’Enhaut, passe pour le père du découpage suisse. C’est lui qui créa les premières poya. Avec ses découpages et collages, il illustre une vie quotidienne idyllique dans les montagnes et utilise les mêmes sujets que les peintres naïfs, les brodeuses ou les graveurs sur bois : arbres de vie, cœurs, bouquets et ornements géométriques. S’il se réalise traditionnellement d’un seul tenant, en noir et blanc, un découpage peut prendre toutes sortes de teintes et de formats, se présentant parfois comme un assemblage de papiers de plu- sieurs couleurs collés ensemble par la suite. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, les silhouettes deviennent à la mode auprès de la bourgeoisie. Actuellement, après une perte de popularité ces dernières décennies, on trouve autour de 200 à 300 artistes de la découpe de papier, pour la majeure partie autodidacte.
En France

"Le canivet, tient son nom du petit canif utilisé au Moyen-Age pour tailler les plumes d’oies, et qui par la suite servira à la découpe du pa- pier. C’est à partir du XVIIème siècle que cet art se développe chez nous, mais il ne trouve- ra jamais la réputation qu’il eut dans d’autres pays. Ce sont surtout les religieuses qui réa- lisent ces travaux de piété que l’on garde dans les missels. Elles découpent dans des feuilles de parchemin des images pieuses ou des souvenirs de pèlerinage. Les images sont partiellement réhaussées de couleurs très vives et lu- mineuses. Les motifs incisés sur les bords sont des arabesques, des rinceaux, des points de dentelle, des fleurs. Le fond peut être piqué de centaines de petits trous réalisés à l’aide d’une aiguille («piquetage»). Les bords sont ornés de dentelle en tissus. Au XVIIIème siècle, l’art de la silhouette tire son nom du limougeaud Etienne de Silhouette, (1709-1767), contrôleur général des finances en 1759 sous Louis XV.
En Alsace, au XIXème siècle, les canivets servent à ornementer les « Goettelbrief » (souhaits de baptême), remis au filleul, afin de lui rappeler, au cours de sa vie durant, que quelqu’un s’est engagé à le soutenir morale- ment et matériellement. Les motifs symboliques tel que le cœur (affection), le coq (vigilance), les végétaux (la famille), cohabitent avec des signes plus abstraits comme l’étoile à 5 branches, les rouelles solaires, la virgule (protégeant contre le mauvais œil) ou les 4 as (pour conjurer la chance). Au XXème siècle, les papiers découpés trouvent de nouveaux espaces d’expression sous les doigts du peintre Matisse. Arrivé à ce qu’on appelle pudiquement
« la période tardive des artistes », il réussit la prouesse de « dessiner avec des ciseaux ». Il ne créa plus jusqu’à sa mort, que par le truchement de papiers découpés."


Notre tour du monde pourrait se poursuivre indéfiniment
tant le papier découpé est un art pratiqué dans différentes cultures à travers le monde. Art séculaire, il a voyagé sur les routes de Turquie, d’Afrique, d’Inde, de Biélorussie, de Lituanie et d’Ukraine, d’Espagne... Il n’est pas inconnu non plus dans le monde amérindien. Les immigrants allemands venus s’installer en Pennsylvanie au XVIIIème siècle l’importent avec eux. Allant de la miniature au très grand format, en deux ou trois dimensions, monochromes ou polychromes, ces papiers font l’objet de collections privées. Ils s’utilisent dans des cartes postales en 3D, ou dans le scrapbooking. Le cinéma d’animation s’en est emparé : La Planète Sauvage (1973), de René Laloux et Roland Topor, est un film animé en papiers découpés.
Pour commencer, rien n’est plus simple ! il suffit d’un crayon gris, d’un scalpel et d’une feuille de papier. Mais patience et minutie devront être maitrisées afin que naissent, entre des doigts de fées, des Chefs-d’œuvre en dentelle de papier…"

Esperluette