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Du quinoa en Limousin ?


La Ferme de Clément Tallerie


Dans l’ouest corrézien, non loin de Brive-la-Gaillarde, se trouve la ferme de Clément Tallerie. A Varetz, il y cultive majoritairement du quinoa, des lentilles et des pois cassés. Plutôt atypique, non ? A vrai dire, Clément n’a pas débuté son activité en semant ces céréales. Il a d’abord repris l’exploitation de son père, un modeste élevage de 28 têtes accompagné d’un terrain de 30 hectares. Débutant dans le monde agricole, Clément se démène pour agrandir son cheptel. Alors que sa principale préoccupation tourne autour de ses vaches, le jeune agriculteur trouve du temps pour faire des travaux en prestation chez ses confrères sur leurs exploitations. « À vrai dire, le travail de la terre m’attire bien plus que l’élevage », confie Clément. Fort conscient de cette passion, muni de la volonté de vivre de son activité, c’est en 2014 que Clément prend la décision de se démarquer.



Du quinoa à la ferme

Du quinoa à la ferme « Si je devais me lancer officiellement dans la culture de céréales, il fallait que je le fasse intelligemment, de manière à ce que je ne propose pas les mêmes denrées habituellement cultivées dans la région. C’est ainsi que m’est venue l’idée de semer des graines de quinoa. Fort heureusement, ma femme et mon père ne m’ont pas pris pour un fou et ils m’ont encouragés à me lancer dans ce choix audacieux ! » Un an après cette idée incongrue, la première moisson de Clément est fructueuse : deux tonnes cinq de quinoa brut sont récoltés ! La nouvelle est bonne, mais le plus dur reste à venir. Où va-t-il vendre toutes ces graines ? Sans plus tarder, Clément part démarcher les épiciers et les magasins de producteurs avec un précieux bagage ; son BTS technico-commercial. « Je m’improvise vendeur et je pars jusqu’à Toulouse en passant par Bordeaux mais aussi par la Charente-Maritime. A ma grande surprise, la plupart des magasins adoptent le quinoa corrézien avec joie. » C’est aussi l’occasion de découvrir avec plus d’attention cette graine cultivée depuis des millénaires sur les hauts plateaux des Andes en Amérique du Sud. Surnommée « graine d’or », elle ne nécessite pas beaucoup d’entretien, demande peu d’eau et s’adapte aisément au climat corrézien. De plus, elle est enveloppée de saponine, une résine naturelle et amère qui éloigne les insectes et les oiseaux. En la cultivant, Clément parie sur une agriculture raisonnée qui donne l’occasion aux consommateurs de profiter des bienfaits du quinoa local. Bien qu’il ressemble à une céréale, il n’est autre qu’un légume de la famille des chénopodiacée (légumes à feuilles), il est donc plus proche de la betterave et des épinards que du blé et du riz. Il ne contient pas de gluten et il est très riche en protéines, lui permettant d’être facilement adopté par les végétariens, les vegans ou encore les flexitariens. Ceci annonce le début d’une grande aventure pour l’agriculteur corrézien. « Le fait de me rendre au sein des magasins de producteurs m’a aussi montré que certaines céréales manquaient sur les étales comme les lentilles et les pois cassés. Naturellement, je me dis qu’il ne tient qu’à moi d’en proposer ! »



Place à la diversité !

Dès lors, Clément se donne le défi de produire une nouvelle variété de céréales chaque année en plus de répondre à la demande florissante de quinoa ; un an après la première récolte, il en obtient 9 tonnes ! Il commence donc à se diversifier et sème des pois cassés, puis des lentilles qu’il vend dans l’ensemble du sud- ouest et dans les départements limitrophes. « Je continue à me développer grâce à des noyers. Je cultive ainsi des noix puis élabore des cerneaux et de l’huile de noix certifiés bio ! Mes nouveautés ne s’arrêtent pas là. Au fil des ans, je sème du colza et du tournesol pour en faire de l’huile. En 2018, je plante du sarrasin et en 2019 je fais place à l’avoine (et au petit-déjeuner !) que je transforme en flocons. Et cette année, j’ai récolté du chanvre bio sur deux hectares ! » Les terrains de Clément s’élèvent aujourd’hui à 160 hectares. En parallèle, l’agriculteur continue d’agrandir son cheptel de vaches jusqu’à cette année. « Je préfère réserver ma production de viande au magasin de producteurs de Brive auquel je suis associé. J’ai l’impression d’avoir une relation privilégiée avec le consommateur qui demande « la viande de Clément » au rayon boucherie. Cela est bien plus valorisant alors je baisse ma production de bovins et profite de la vente directe. » Plusieurs cordes à son arc Entre vente directe, agriculture raisonnée et agriculture biologique, Clément a fait le choix d’une production en faveur de l’environnement. En plus de protéger les sols, il protège aussi son quinoa grâce aux appellations déposées en 2014 « Quinoa de Corrèze » et « Quinoa de France ». Fidèle à son éternelle ambition, Clément ne s’arrête pas à l’agriculture et déploie ses compétences sous forme de plusieurs entreprises. « Je propose mes services via la production d’énergie solaire, des travaux publics et agricoles et depuis peu, j’enseigne à plein temps dans un lycée agricole comme professeur de machinisme ». Vous le comprendrez, Clément est un joyeux hyperactif passionné d’agriculture. Avec ses activités florissantes, il ne sait pas si une nouvelle céréale verra le jour sur ses parcelles cette année. Mais ce qui est certain, c’est que son exploitation n’a pas fini de grandir pour le plus grand plaisir de nos papilles et de notre santé.



Hélène Peyrot